21.10.2009
Vous avez demandé la liberté de la presse: ne quittez pas.
Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais la presse connaît une saison perpétuelle. Une sorte d'automne continu propice aux marronniers.
Par ce terme, est défini les sujets qui reviennent de manière cyclique et qui assurent au mieux de belles ventes et, au pire, un minimum de travail.
Au choix il y a les Francs Maçons, les gaspillages de l'Etat, les classements en tout genre, l'augmentation des impôts, les vacances des stars et des personnels politique... Bref, tout ce que vous voyez au moins deux fois l'an en Une.
Cette manie du marronnier est devenue tellement facile que certains canards ressortent les mêmes dossiers parfois en même temps. Cette simultanéité dans les papiers vous donne, au moins, l'occasion de comparer les écritures et de vous forger une opinion éclairée.
Ce que vient de sortir l'association Reporter Sans Frontière est aussi une forme de marronnier, mais en plus percutant et en plus dérangeant. Certes, il s'agit aussi d'un classement que arrive à peu près à la même période depuis 2002. Mais en fait de marronnier, il s'agit plus d'un bon marron dans nos certitudes, un bonne baffe dans le visage éteint d'une démocratie qui s'endort.
Ce classement, c'est celui de la liberté de la presse dans le monde. On y retrouve les vedettes du genre bien sûr : Corée du Nord, Érythrée, Turkménistan.... Des pays où il fait bon torturer, emprisonner, assassiner. Les meilleurs dans le pire, des modèles dans le genre.

Notre pays de cocagne, qui était encore classé onzième en 2002, s'est vu rétrogradé en quelques années à la quarante-troisième place. Derrière la Bosnie-Herzégovine (trente-neuvième), le Ghana ( vingt-septième) la Jamaïque ( vingt-troisième) et à quasi égalité avec le Suriname et le Cap-Vert.
Vous vous doutez bien que l'on ne peut que se réjouir de voir des pays aux développements économiques hiératiques, progresser vers plus de liberté pour les journalistes et pour leur liberté d'informer.
Par contre, on ne peut être que plus circonspect quant à la dégringolade vertigineuse de notre belle nation dans ce classement.
Citation extraite du rapport : « L’Hexagone se situe à la 43e place et enregistre une perte de huit points, conséquence non seulement des mises en examen, placements en garde-à-vue et perquisitions dans les médias, mais aussi de l’ingérence des autorités politiques, notamment du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy. »
Étonnant non ?
Comment cela se peut-il ?
Très simplement à vrai dire, en créant un sentiment de peur sur une profession qui se cherche.
Souvenez-vous : Tintin, Rouletabille, ces héros de romans qui portaient haut les couleurs d'un stéréotype du journalisme... Et bien ce ne sont plus que des fantômes d'un passé glorieux mais à jamais révolu comme on dit.
Actuellement, le journalisme n'est plus qu'une ombre affaiblie de ce qu'il était.
La plupart des titres ne font que du « rewriting » de dépêches ( dans les cours d'écoles on appelle ça « copier ») et les beaux éditorialistes qui nous expliquent la marche du monde n'ont pas vu venir la révolution qu'allait causer internet dans les salles de rédaction.
Désormais, le journalisme n'a plus de spécificité, n'a plus de valeur ajoutée en ce sens qu'il a oublié sa mission première : donner des clefs.
Informer son public ne se résume pas à lui faire « savoir » le monde, mais à le lui faire comprendre. Or, dans notre société du portable, l'information est devenue un produit d'appel comme les autres. Chaînes d'infos continues, radios d'infos continues, sites d'infos continues... Tout continu mais rien ne s'arrête, rien ne se pose, rien n'explique. Les commentateurs sont généralement les mêmes qui sautent de taxis en taxis pour rejoindre les rédactions et les petites mains du journalisme, peu payées , souvent stagiaires, triment pour donner de la news, comme d'autres feraient cuire des frites.
Toutes les explications du monde peuvent être données sur l'érosion des tirages de la presse quotidienne nationale. J'en ai une, vécue, qui en vaut bien une autre.
Si vous habitez la province, et que vous êtes abonné au Monde (justement), vous ne recevrez l'édition du jour que...le lendemain, par la Poste, aux environs de 11 heures du matin. Soit deux heures avant que l'édition suivante ne sorte à Paris.
Avouez qu'avoir les informations de la veille n'est pas très gratifiant....
Surtout si vous pouvez lire gratuitement la majorité du journal sur Internet...
Ce n'est plus un train de retard qu'a la presse face à la dématérialisation de l'information : c'est un TGV.
Le rythme imposé par Nicolas Sarkozy, fait nouveau, empêche également tout retour sur l'information, toute analyse et toute mise en perspective. Le lièvre a décidément bien dépassé la tortue.
Je ne reviendrai pas sur les amitiés et les accointances toutes particulières qu'entretient notre Président avec les médias, et, surtout, avec leurs propriétaires. Oh, je ne résiste pas à vous donner un seul chiffre : 68 % des Français ont pour unique source d'information les journaux de TF1.
Je sais, ça fait peur.
Mais ceux qui ont plus peur que nous, ce sont les journalistes eux-mêmes qui ont vu leur métier, statutaire dans l'imaginaire collectif, se réduire en peau de chagrin dans les faits.
Les piges sont désormais sous-payées, les postes titulaires en rédaction ne sont plus légion et le nombre de stagiaires a explosé. Certains titres s'en étant fait une spécialité avec des rédactions quasi exclusivement composées de ces idiots utiles : motivés, quasi gratuits, durs au mal...
Vous aurez compris que la précarité est devenue la règle plutôt que l'exception et que beaucoup de journalistes n'ont plus qu'une crainte : prendre la porte. Cette épée de Damoclès ne motive pas à prendre de risque et à désobliger l'actionnaire, lui-même tributaire, souvent, de commandes de l'Etat.
L'électeur et lecteur : coupable ?
Allez, soyons honnêtes : il est plus simple après une journée de travail de se reposer, d'utiliser le temps de cerveau disponible -l'expression est de Patrick Le Lay, ancien président de TF1- qu'il nous reste devant une bonne grosse débilité télévisuelle qu'à écouter des émissions pointues ( lorsqu'elles existent...) sur la marche du monde.
De même, sommes-nous blâmables de préférer, dans des salles d'attente par exemple, lire la presse people que des magazines pointus ?
Car s'informer coûte cher. Financièrement tout d'abord, la presse quotidienne française étant une des plus onéreuses d'Europe ( ce qui explique qu'elle soit très peu lue, à l'inverse de la presse magazine ). Mais, plus encore, cela coûte cher en réflexion, en analyse personnelle. Comme le disait je-ne-sais-plus-qui, la culture n'est pas la capacité à emmagasiner des savoirs mais à faire des ponts entre ces savoirs. Or s'improviser architecte de ses propres ponts nécessite du temps, des loisirs, de la scholè en somme.
Notre monde moderne y est donc peu propice.
C'est à mon sens un danger. Orwell l'avait bien pressenti dans 1984 : « la dictature qui vaincra sera celle que vous ne craindrez pas, mais celle qui vous sourira ».
Voici venu le temps de cette dictature souriante, qui nous abreuve d'émissions faciles, qui nous roule dans la fange d'émotions primaires et nous empêche, par la fascination qu'elle exerce sur nos âmes, de prendre du recul, de réfléchir, de remettre en question ce que l'on nous dit et, finalement, de verbaliser les images que nous recevons en flots ininterrompus.
C'est par ce biais là que la liberté de la presse rejoint notre liberté de citoyens d'être informés. De « savoir » plus que de « voir », et de sortir de cette spirale d'abêtissement volontaire.
En fait, la liberté de la presse n'est que l'espace que nous, citoyens, souhaitons lui allouer. A nous de réfléchir à l'utilisation que nous faisons de notre temps de cerveau disponible.
13:48 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : presse, information
20.10.2009
Douillet : une victoire à la Pyrrhus.
Contrairement à ce que certains ont pu penser, la victoire de David Douillet lors de l’élection de dimanche à Poissy n’était pas écrite d’avance et une chèvre n’aurait certainement pas pu s’imposer à la place du judoka, une des personnalités préférées des Français, ne l’oublions pas.
Car les chiffres, cruels, sont là pour démontrer que ce scrutin n’a pas attiré les foules : 33,7% de participation, c’est peu surtout lorsque un scrutin est aussi médiatisé que celui-ci.
De même, le score de David Douillet, 52.1%, n’est pas non plus astronomique. Surtout dans une circonscription favorable à l’UMP. Ce score ne change pas énormément le rapport de force dans la circonscription mais est un signe de tassement plus que de stabilité.
De ces chiffres et des réactions suscitées par l’élection, que retenir ?
Premièrement, l’UMP a eu chaud, et l’on peut parier qu’un autre candidat se serait planté lors de cette élection.
On a beau critiquer l’amateurisme du Député Douillet (puisqu’il faut l’appeler ainsi désormais) et le faire passer pour un ongulé, ce n’est cependant pas un âne. il est, qui plus est, doué d’un sens politique autrement plus conséquent qu’un Bernard Laporte par exemple.
Il a su recentrer le débat loin des polémiques actuelles qui assaillent la majorité et ne pas tomber dans le piège de la simple « représentation » que son statut de star pouvait lui faire endosser. En clair, il a su délaisser le kimono pour le costume trois pièces et faire passer un message qui a porté.
Deuxièmement, le candidat socialiste n’a, lui, pas démérité, et avec 47.9% des voix, le maire de Poissy a limité les dégâts. Surtout si l’on prend en compte que le Mouvement Démocrate n’avait donné aucune consigne de vote pour cette élection. Cela doit aussi nous faire relativiser ce que peut désormais peser les prises de positions de François Bayrou dans le paysage politique français.
Un signe avant-coureur ?
Troisièmement, au niveau des enseignements que cette élection peut nous donner, je vois surnager plusieurs points.
Oui, les polémiques concernant Jean Sarkozy ont impacté cette élection, mais qui cela c'est plus traduit par un vote avec les pieds que par un vote dans les isoloirs.
Oui le pouvoir en place va éprouver de plus en plus une certaine usure du pouvoir, surtout si elle commence à être couplée avec un monarchisme républicain qui commence à poindre et à inquiéter les Français.
Oui, les régionales à venir vont être déterminantes pour la suite des évènements. Surtout si l'UMP en sort affaiblie sans que la Gauche s'impose. Cela signifiera clairement que d'autres acteurs sont en train d'émerger, je veux bien sûr parler ici du pôle écologique.
Oui la majorité commence à douter, et, pour s'en convaincre, il n'y a qu'à écouter les pathétiques attaques de Frédéric Lefèbvre concernant les médias. Qu'un porte-parole du Gouvernement puisse aussi impunément attaquer des journalistes qui rapportent et commentent simplement les turpitudes électives du clan Sarkozy m'émeut. Peut-être aussi que le cycle de bienveillance coupable de certains médias s'achève... Mais c'est aussi le signe que la roue tourne et que le Gouvernement ne maîtrise plus aussi fortement sa communication.
En somme, cette élection n'est pas forcément une victoire pour la Droite. Remarquez que ce n'est pas encore une victoire pour la Gauche mais qu'elle est tout simplement, un point neutre avant une remise à plat des forces en présence à venir. Wait and see amis lecteurs...
13:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, douillet


