09.11.2011

Une femme accouche dans la rue, son bébé meurt. Et alors ?

 

C'est un fait divers. Comme il s'en passe des dizaines, des centaines en France. Il a fait quelques lignes dans les journaux, il a donné l'opportunité à certains de crier leur haine du système, d'aboyer sur cette France qui pourri, sur cette société déliquescente.

 

 

C'est un fait divers dont on ne parlera plus d'ici quelques jours, perdu qu'il sera dans la noria de mauvaises nouvelles : doutes sur le triple A de notre pays, craintes sur les derniers avatars de la crise financière, ultimes rebondissements d'une campagne présidentielle qui s'annonce exécrable... L'affaire du Carlton de Lille noiera tout sur son passage, donnant à chacun sa part d'abject.

 

 

Et l'on n'oubliera cet enfant qui, à peine né, est mort dans la rue, en face des grilles du jardin de l'Observatoire, en plein Paris.

 

 

Que cet événement soit placé dans la rubrique «  fait divers » est en soi une incongruité, une monstruosité : «  fait divers » renvoie à des choses que l'on ne classe pas, ce sont un peu les «  restes de l'actualité ».

 

 

Anna M., sa mère, a une existence en pointillée : maman de deux enfants placés, c'est une ancienne toxicomane sous méthadone.

 

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Si elle vit dans la rue, son enfant y est mort, après son accouchement. Dans la rue également.

 

Je ne suis pas idéaliste,  je ne vois pas la vie plus en blanc qu'en noir, mais je ne peux concevoir qu'un enfant puisse naître dans la rue dans la capitale de la France. Je ne peux concevoir qu'un enfant naisse et meure en plein XIV arrondissement. Sur le trottoir, comme un chien, comme un animal, comme une merde. Les riverains ont sans doute été réveillés par l'ambulance, par quelques bruits, puis, ils se sont rendormis du sommeil des justes.

 

 

 

 

Une haine, une rage sourde m'accable quand je pense à cette mort, quand je pense à cet enfant, à cette femme, à cette pseudo impuissance dont on se pare et qui nous fait dire «  c'est comme ça, c'est triste ».

 

 

Non, ce n'est pas triste, c'est une tragédie humaine, c'est une nausée lancinante et qui revient, sac et ressac et qui nous interroge sur ce que nous sommes, ce que nous souhaitons. Je ne veux pas faire de morale, je n'ai pas de solution, je constate, et je brûle.

 

 

 

Je pense à l'incipit des Misérables, de Victor Hugo :

 

 

« Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »

 

 

Tout est dit, mais rien n'a fondamentalement changé.

 

Aujourd'hui, le Figaro titre «  Le nouvel âge du Luxe ». Triste carambolage de l'information, l'une chasse l'autre.

 

Ce titre, c'est un crachat sur le corps déjà décomposé de cet enfant, c'est du sel sur la blessure de sa mère.

Mais pour nous ?

 

02.11.2011

Grèce : tout est une question...de question !

 Seuls sur le sable, les yeux dans l'eau, notre rêve était trop beau. Les Hellènes viennent de nous rappeler a une triste réalité : la démocratie, c'est d'abord le Peuple.

Soyons clairs : personne n'avait vu arriver le coup du référendum. Papandréou, Premier Ministre sous perfusion, ne l'avait même pas évoqué avec ses homologues européens. Mais la pression était trop forte sur ses épaules : la rue, son Parti, son Opposition, jusqu'à l'Armée même étaient vent-debout contre la cure d'austérité prévue par le plan de sauvetage signé la semaine dernière.

Depuis, l'Europe tremble : un « non » au référendum, qui aura lieu vraisemblablement avant Noël, signifierait un cataclysme pour la patrie de l'ouzo, et une belle gueule de bois pour l'ensemble de la zone Euro.grèce.jpg

De fait, le « non » est plus que probable si la question posée est, en gros : «  acceptez-vous le plan de l'Union Européenne pour sortir la Grèce de la panade dans laquelle elle s'est mise ? ». Tous les sondages, tous les observateurs sont contre.

 

« Non », mais « oui » !

 

Mais, si la question posée devient : «  Souhaitez-vous que la Grèce sorte de l'Euro et de l'Union Européenne ? » Et bien là, miracle de relativité, le « non » l'emporte également, mais devient un « oui » au plan d'aide européenne.

Car pour rester un wagon du grand train européen, même le wagon de queue, la Grèce devra accepter ce plan. Le refuser, c'est sortir de l'Union, sortir de l'Euro, et entrer dans une zone de turbulence dont on imagine mal les répercussions macroéconomiques, au plan mondial.

Papandréaou, en lançant ce référendum, a fait un bébé dans le dos à l'Union. Il faut être clair là dessus aussi. Et l'on ne peut pas exclure totalement une dernière manœuvre de ce fin politique : ce référendum, c'est aussi une manière de mettre la pression sur les banques, sur les bailleurs, sur les États partenaires du plan de sauvetage. En échange d'un effacement total de la dette privée grecque ( l'accord actuel ne concerne que 50% de la dette ), ce référendum pourrait être un fusil sur la tempe de Bruxelles. C'est un pari, un pari très risqué, mais, au point où en est la Grèce...